TELLEMENT VRAI

Le Moulin / villa calderon

Louviers / France

2013

 

"Pour cette exposition et comme souvent dans le travail de Juliette Feck il transparaît le sentiment d'un temps arrêté. Une recherche autour de la fragilité, la violence, la perte, l'angoisse de mort et le peut-être d'un ailleurs invisible. Le tout dans un esthétisme frontal qui colle à la réalité. Une méditation qui hésite entre l'attention aux détails et l'échappée d'une pensée sans objet, entre la concentration et la dispersion, entre le visible et l'invisible, immortalisée dans l'instant transitoire, dans l'immensité d'un temps étiré. Comme Pompéi fût spontanément noyée dans les cendres et la boue.


C'est un travail qui questionne le refus du monde à accepter certaines réalités de l'existence. Au centre d'une lutte entre mystique et prosaïque, un double mouvement s'opère entre photographies et sculptures. Celles-ci s'interpénètrent continuellement ajoutant à ce dialogue une notion d’infini. Une recherche qui plus loin que les mots, s'interroge sur les fondements, sur les codes et les valeurs d'une société humaine. Ainsi Bonheur Conjugal aux accents cyniques serait une déclaration ouverte du désenchantement face la manière d'aimer admise par la société occidentale. La terre cirée singeant le bois pointe cette duplicité. Couple habillé de latin, celui-ci finira, se fanera, se cassera comme toute chose de ce monde. Mis à Dos, enfonce le clou de ce désenchantement chronique. Tel un tas de Mikado, un noeud de brouille, cette installation rappelle que convenances et faux semblants s'achèvent souvent ainsi. Les secrets de chacun se mêlent dans un brouhaha de paraître. On retire une brique, le château s'effondre, il n'en reste que les ruines. Hommage à la fin de discussion.


C'est dans cette même veine d'humour noir que le titre Adolf's Hollidays donné à l'ensemble des photographies fait son apparition. Il nous revoit à une mémoire collective douloureuse qui mise porte-à-faux avec la notion de vacances devient une dérision. C'est l'axe Nord/Sud utile à son processus de travail et sa date de naissance (20 Avril) qui inspira ce titre à Juliette. Titre issu d'une des photographies, une fenêtre au goût d'Italie dans laquelle, des rideaux aux motifs suggestifs ont également nourris et inspirés ce titre. L’ensemble de ses photographies sont des fragments d'espaces/temps faisant davantage entendre le rien qu'un message. Le possible et le réel tendent à se confondre car finalement la scène est vidée, les comédiens sont partis, laissant là des choses ayant peut-être un sens. C'est une multitude de signes qui oscillent en permanence entre indices véritables et métaphoriques. Intrigue indissoluble. Des schémas spatiaux, des géométries s'imposent, comme des messages tapis dans la récurrence du quotidien. Finalement, l'homme disparaît dans ce décor, il n'en reste que la trace. L’absence du corps oblige le spectateur à entrer dans l'image et à se questionner sur ses fondements. Ses images comme ses volumes sont donc des fétiches qui révèleraient d'avantage l'homme par son absence que par sa présence. Les actes étant bien plus révélateurs que le portrait d'un menteur. La trace demeure l'ultime parole de l'acte.


Une réponse imperceptible s'infiltre dans l'image. Comme pour Les Astrides, un contact entre photographie et sculptures, sept plots, sept plaque. L'intrigue demeure, dans les formes du réel, une connexion qui pose la question des signes, des formes engendrées par l'homme, du lâché prise et de l'aspect étrange qu’elles figurent, de ces provenances et fonctions qui paraissent toujours flou. Puis de ces chiffres fétiches affectionnés par l'homme un jeu s'opère entre sept et neuf. Sept Astrides, sept dossiers, neuf pneus.


Ces pneus, Sculptures/Sculptures, jeu de mots et de formes. Empreintes de sculptures de pneus sur des sculptures de pneus. Le pneu. Ce rebus fondamental. Ce cercle infini de la route qui s'étale. Métaphore de la vie. En cela réside sa poésie, son élégance. Cette intrigante beauté. Tous pareils et pourtant si différents. Le plus abimé serait-il séduisant? Matière immortelle, il attend, attend d’être absorbé par elle. La terre, mère de toutes les décompositions. Entre la mort et l’oubli. Le pneu est au purgatoire."